M’a vomir mes mots parce que ç’a fait mal.
Parce que j’aurais aimé ça être normal.
Je suis née avec tous mes membres, dix doigts, dix orteils.
Physiologiquement, un bébé en santé.
Ça n’a pas été facile de grandir dans l’inconnue
Ça n’a pas été facile de grandir
Ça n’a pas été facile
Surtout quand le son et la lumière me font mal, que je sens la couture de mon bas et que je suis la seule qui entend l’électricité dans les murs.
En grandissant, j’aurais pu remplir des bocaux de larmes.
De gros bocaux, ceux des cornichons du Coscto.
Après, j’aurais pu les boire.
Alcool de larmes
Peut-être ça maurait réparé.
Ça ma pris deux fins du monde avant de consultées un neuropsychologue, professionnel du DSM-5.
Je m'y attendais, j’ai toujours su au fond de moi que j’étais toute cassé
8 août 2022 – le diagnostic tombe
Handicapé à vie,
Trouble du spectre de l’autisme niveau 1
Diagnostiqué tard, handicapé d’ADN
Aucun médicament pour me soigner, pis ça vient avec plein de comorbidité.
Je suis un vase en porcelaine mince, mince, mince avec beaucoup de tapes.
Un vase rabouté, pis, des fois, je perds des morceaux.
C’est comme si j’étais née aveugle de relation sociale, j’avance avec ma canne, je tâte le terrain.
Comme si le monde entier faisait partie d’une immense pièce de théâtre et que j’étais la seule qui ne connaissait pas son texte
À partir d’un moment, c’est pus drôle
Chaque seconde qui passe dans cet univers me rappelle que je ne comprends j’aimais rien
Je suis un biscuit dans un moule muffin,
sortez-moi d’ici !
a
Je ne pensais jamais souffler mes 18 bougies.
Les autistes ont une espérance de vie réduite
Épidémie de soulagement d’âme
Mal de vivre généralisé
Santé (mentale) fragile
Parceque, j’embrasse ma différence, mais, des fois, je l’étoufferais.
Je passe par des périodes de souffrance accablante.
Pourtant, le monde continu de tourner, la vaisselle s’accumule, les devoirs aussi.
Je suis une équilibriste professionnel.
Je marche sur un fil de fer, en équilibre entre l’auto-destruction et la construction.
Une épée de Damoclès au dessus de la tête, attendant la prochaine crise, la prochaine fin du monde. Parcque, je sais qu’il en aura une. Elle guette.
En attendant, je suis condamnée à être douce avec moi-même
Condamné à être fatigué
Condamné a prendre mon temps pour ne pas m’épuise
Je suis en prison de lenteur à perpétuité.
Ma différence, je la chéris, elle fait partie de moi, elle est moi.
Ma différence de la hait, elle fait partie de moi, elle est moi.
C’est correct.
Avant, j’étais bizarre, maintenant j’assume.